<i>Rothschild, Monique de</i><br>À cœur et à cri. Entretiens avec Ludovic Lécuru
 

M. de Rothschild
À cœur et à cri. Entretiens avec Ludovic Lécuru

2009.
Livre neuf.
Montbel, 168 pages.
Quantité  
39.00 €
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Monique de Rothschild chasse à courre en forêt de Compiègne depuis son enfance. D'abord au sein de l'équipage Par vaux et forêts, fondé par son père James de Rothschild. Puis comme maître d'équipage de La futaie des amis, qu'elle fonda en 1961 grâce à quelques fidèles.

Passionnée et exigeante, elle éleva plusieurs générations de chiens, mena des laisser-courre avec une intuition hors du commun, accueillit quelques hôtes de marque et découpla avec des équipages voisins.

Personnalité attachante au caractère affirmé, Monique de Rothschild livre ici les souvenirs de son enfance, ceux de la Seconde Guerre mondiale, sa fuite par l'Espagne avant son engagement en Angleterre dans les Forces Françaises Libres, ses premières armes de veneur dans l'équipage de son père, l'aventure de La futaie des amis, la création de l'Association française des équipages de vénerie, sa participation à l'exposition internationale de la chasse à Budapest en 1971, le millième cerf de l'équipage en 1992, etc.

Digne des meilleurs récits de chasse, truffé d'anecdotes savoureuses, illustré de photos inédites, ce livre, réalisé à partir d'entretiens avec le père Ludovic Lécuru, offre au monde de la vénerie un document exceptionnel.

Originaire de Compiègne, auteur, journaliste, dom Ludovic Lécuru exerce aujourd'hui son ministère à la paroisse de Sanary-sur-Mer, dans le Var.

◼︎ 
Paris, Montbel, 2009. In-8, 17 x 24 cm, broché, 144 pages.


TABLE DES MATIÈRES

I Avant-propos

II Premières années

III La guerre

IV Maître d'équipage « tu nous déranges »

V La forêt de Compiègne

VI Une vie de chien

VII Viscéralement veneur

VIII La retraite prise


EXTRAITS

J'avais un nom, mais je me suis fait un prénom. Actuellement, et cela aussi dure depuis quarante-cinq ans, on m'appelle « Madame Monique ». Il n'y a plus de « Madame de Rothschild ». Il n'y a plus de « Madame la baronne ». Mais seulement « Madame Monique ». Appellation contrôlée !

À partir du moment où j'étais responsable de A jusqu'à Z, j'étais insupportable à la chasse. Le côté : « Bande d'incapables. Qu'est-ce que vous faites tous à un carrefour ? Et vous, vous n'êtes qu'un bouton de Panurge ! » sortait facilement. Vous voyez le genre ! Il faut préciser que lorsque tout repose sur vous, on peut bousculer les gens. Ça ne leur fait pas de mal. Bien sûr, j'ai fait des bourdes, mais néanmoins c'était moins flagrant. Des bêtises à la chasse, j'en ai fait, c'est certain. Mais j'ai toujours essayé de ne pas faire ce qu'il ne fallait pas faire.

Ayant élevé mes chiens, j'ai eu une très grande complicité avec eux. Les chiens de meute sont des animaux extrêmement expressifs. L'affection entre les hommes et eux vient tout doucement. Je passais souvent une heure ou deux, après la chasse, dans le chenil. Ils étaient emmêlés les uns dans les autres. On ne savait plus quelle était la patte de l'un, la patte de l'autre. J'étais là et je leur parlais : « Pas trop fatigués ? » Des chiens répondaient en faisant : « Woooo… » l'air de dire : « Ah bon, c'est toi. » D'autres voulaient plutôt me faire comprendre : « Écoute, on dort maintenant. »

Les chiens prirent le millième cerf de l'équipage le 26 février 1992. Quand j'ai vu ce cerf dans l'eau, près du Vivier Corax, c'était tout de même assez émouvant. Je me suis dit que je n'allais tout de même pas y aller de ma larme. Mille cerfs, ça fait une moyenne de trente par saison. C'est honorable et je ne suis pas mécontente du résultat, d'autant plus que ce n'était pas gagné au départ.

Lorsque certains camarades ont appris que l'équipage avait forcé son millième cerf, ils m'ont posé cette question en guise de commentaire :

— Tu n'as tout de même pas déjà pris mille cerfs ?

— Si messieurs.

Quand on dérange…

Les chiens ont été épatants. J'ai eu des chiens admirables qui ont permis d'atteindre convenablement ce que je souhaitais faire, au moins éviter ce que certains espéraient. Je veux parler de ceux qui n'auraient pas été mécontents de me voir échouer. Je dis cela sans méchanceté, mais parce que je le sais. Malgré leurs pronostics, à partir du moment où ça commençait à bien tourner, l'équipage a pris entre trente et quarante cerfs par an. Ça marchait du feu de Dieu, je ne vais pas nier l'évidence.

Dans l'ancien bulletin plus ou moins confidentiel de la Société de vénerie, j'avais raconté cette histoire qui remonte aux débuts de La futaie des amis. Elle se passe en forêt de Laigue, durant la saison 1963-1964. Nous avions pris un cerf dans la vieille Oise. Impossible de le récupérer. Le cerf était dans l'eau, le long d'une berge inaccessible, coincé sous les ronces. Il pleuvait des cordes. Je vous passe les détails. En tout cas, on n'abandonne jamais, dans l'eau ou ailleurs, un cerf que l'on a pris et qui a été servi. Surtout pour les chiens.

Nous étions cinq en tout et pour tout, dont Jean Bocquillon et Bernard Six, je m'en rappellerai toujours. Mon père nous attendait au Puits d'Orléans. Je vous raconte l'histoire exactement comme les choses se sont passées. À un moment donné, sous cette pluie épouvantable, il y eut soudain un rayon de soleil. À cet instant précis, qu'est-ce que l'on voit descendre, toute seule ? Une barque ! Je hurle à tout le monde :

« Une barque ! Voici une barque ! »

Ils se disent : « Voilà qu'elle devient plus folle qu'avant. »

Avec nos fouets, nous sommes parvenus à récupérer cette barque. Avec une corde qui, grâce à Dieu, traînait dans les parages, nous avons remonté la barque le long de la berge le plus en amont possible pour ensuite redescendre le courant et tenter d'atteindre le cerf. C'était tout à fait burlesque. Jean Bocquillon ne cessait de me dire : « Remontons, remontons ! » Mais on n'allait pas remonter indéfiniment le courant. Jean et moi sommes montés dans la barque. À un moment donné, je crie :

« Lâchez tout ! »

Et nous voilà partis. Nous avons transformé les bancs de la barque pour en faire des rames. Des petits tourbillons rendaient la navigation difficile. C'était tout à fait comique. Jean n'arrêtait pas de parler.

« Tais-toi et rame ! »

Nous sommes arrivés de l'autre côté sains et saufs. Je me suis mise à plat ventre dans la barque pour essayer de décrocher les bois de cerf coincés dans les ronces. J'ai dit aux gars au bord de la rivière :

« Tirez-moi ! Mais pas par les bottes voyons ! Tirez la barque ! »

On a mis une heure et demie à récupérer notre cerf. Nous l'avons mis dans le 4 x 4 de Jean Soilleux. Au Puits d'Orléans, mon père nous attendait sous cette pluie qui n'en finissait pas.

« C'est bien, mais c'est long », commente-t-il.

La chose la plus extraordinaire est ce concours de circonstances fabuleux : cet éclat de soleil au milieu de ce déluge et cette barque qui descend la rivière, telle une apparition.

Merci saint Hubert !


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